En bref
En entrant au capital d'une startup, tu reçois des parts, mais pas seulement. Tu reçois des nouvelles régulières de l'entreprise, un accès direct aux fondateurs, une place parmi les autres investisseurs, souvent la possibilité de remettre de l'argent quand la startup lève à nouveau, et, le jour où elle est revendue, un virement. Ce dernier point n'est jamais garanti et arrive en général après plusieurs années.
Ce que tu achètes vraiment
Quand tu investis dans une startup, tu deviens l'un de ses propriétaires, pour une petite part. Tu ne prêtes pas d'argent : personne ne te verse d'intérêts, et ton argent ne revient que si quelqu'un rachète tes parts. Le plus souvent, ça se passe le jour où la startup est revendue à une autre entreprise ou à un fonds.
Entre l'entrée et la sortie, il se passe plusieurs années. On parle souvent de 5 à 7 ans. Pendant tout ce temps, être actionnaire t'apporte déjà des choses que l'argent seul n'achète pas. Je les ai découvertes en construisant mon portefeuille, et ce sont elles qui m'ont fait progresser.
1. Un reporting tous les mois
Le chiffre d'affaires, les recrutements, les décisions en cours. Tu vois une entreprise se construire de l'intérieur, en direct.
Les startups sérieuses envoient à leurs actionnaires un point régulier, chaque mois chez certaines, chaque trimestre chez d'autres. Tu y vois les bonnes nouvelles, mais aussi les clients perdus, les recrutements ratés, les changements de cap. C'est la meilleure école que je connaisse. Aucun livre ne t'apprend aussi bien comment une entreprise traverse ses mauvais mois. Avant d'entrer, demande ce que tu recevras et à quelle fréquence.
2. Une ligne directe avec les fondateurs
Tu poses tes questions, tu ouvres ton carnet d'adresses, et tu aides sur ce que tu sais faire. Beaucoup de fondateurs veulent des investisseurs au capital pour ça, autant que pour leur argent.
Si tu es comptable, juriste, commercial ou recruteur, tu as quelque chose à apporter à une startup qui démarre. Une introduction auprès d'un client, un avis sur un contrat, une relecture d'offre d'emploi. Ce sont de petits coups de main, mais ils créent une relation. Et cette relation te donne une lecture du dossier bien plus fine que n'importe quel reporting.
3. Une place dans un réseau d'investisseurs
Tu rencontres les autres actionnaires, et les dossiers commencent à venir à toi. C'est comme ça que circulent les meilleurs deals.
Les autres investisseurs d'une startup ont souvent eux aussi d'autres participations, d'autres fondateurs autour d'eux. Au fil des assemblées et des échanges, tu deviens quelqu'un à qui on pense quand un nouveau dossier se présente. Beaucoup de dossiers circulent ainsi entre fondateurs et co-investisseurs, bien avant d'arriver sur une plateforme.
4. Le droit de remettre quand ça marche
Quand la boîte lève à nouveau, ceux qui sont déjà au capital sont souvent servis en premier. Tu remets sur celles qui avancent, et tu les connais mieux que personne.
Ce droit vient le plus souvent du pacte d'actionnaires, ou du droit préférentiel de souscription prévu par la loi, quand il n'est pas supprimé pour la levée. Vérifie ce que prévoient les documents avant d'entrer. Et c'est une possibilité, pas une obligation. Mais pour en profiter, il faut avoir gardé une réserve. Un investisseur qui a tout dépensé la première année regarde passer cette occasion, alors qu'il a des mois de reportings en main pour juger.
5. Et le jour où la boîte se revend, un virement
C'est arrivé deux fois sur mon portefeuille en 2026. Une quarantaine de co-investisseurs sont sortis en même temps que moi.
Concrètement, une revente se passe en deux temps. D'abord la signature, quand l'acheteur et les actionnaires se mettent d'accord. Puis l'encaissement, qui peut prendre un moment selon les conditions prévues. Le plus souvent, c'est le fondateur qui rachète, aidé par l'investisseur qui a mené le dossier. Parfois, c'est une autre entreprise ou un fonds. Ce que reçoit chaque actionnaire dépend du prix de vente, mais aussi des conditions inscrites dans le pacte : certains investisseurs peuvent avoir le droit d'être servis avant les autres.
Ce que j'aime dans ces deux sorties, c'est que mes co-investisseurs et moi sommes entrés en même temps, aux mêmes conditions, et sortis en même temps. Mais ça reste l'exception, pas la règle : une revente n'est jamais garantie, ni dans sa date, ni dans son montant. Beaucoup de lignes ne rendent rien.
C'est ça que j'achète, autant que la plus-value.
Ce que ça donne, au bout de quelques années
J'ai aujourd'hui 39 startups en portefeuille, et chacune m'a appris quelque chose que je n'aurais appris nulle part ailleurs. Sur un secteur, sur un type de fondateur, sur une erreur que je ne referai pas.
- Les reportings m'ont appris à lire une entreprise dans ses mauvais mois.
- Les fondateurs m'ont appris ce qu'ils attendent vraiment d'un investisseur.
- Les autres investisseurs m'ont ouvert des dossiers que je n'aurais jamais vus seul.
- Les reventes m'ont appris à penser la sortie dès l'entrée : qui pourrait racheter, et à quelles conditions.
Un ticket bien choisi t'ouvre des portes que l'argent seul n'ouvre pas. Encore faut-il le choisir, et décider à l'avance combien tu mets, sur combien de startups.
Dans cette vidéo, je raconte comment se sont passées les deux reventes de mon portefeuille, et ce que j'en retiens pour ma méthode :
Pour tout comprendre sur la sortie, les délais et qui rachète, lis mon guide sur la revente d'une startup.


